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| Relation idéale |
« Qu'il puisse exister une autre personne au monde avec laquelle s'établisse de soi-même, en toute franchise, un échange mutuel et pour laquelle rien ne restera caché ; dont le corps vous sera aussi cher, dans toutes ses parties, que le vôtre ; avec laquelle il n'y aura point le sentiment du Mien et du Tien dans la propriété
ou la possession; dans l'esprit de laquelle vos pensées couleront naturellement comme pour se connaître elles-mêmes et recevoir une illumination nouvelle; et entre laquelle et vous il y aura un rebondissement spontané de sympathie dans toutes les joies, les tristesses et les expériences de la vie ; c'est là peut-être l'un des désirs les plus chers de l'âme.» Edward Carpenter
Qui ne souhaite pas avoir dans son existence, une telle communion de chair et d'esprit ? Si cette relation était accessible à tout un chacun, sans aucun effort particulier, il n'y aurait alors plus aucune nécessité d'en faire un but à atteindre. Dans la mesure où cet état idéal n'est pas susceptible d'être obtenu par les simples propriétés de l'entendement humain (commun à tous), (car si cela était le cas tout l'aspect extraordinaire, irrationnel ou merveilleux de cet état se trouverait réduit à un simple processus de logique), nous devons bien alors admettre le profond état de contradiction dans lequel nous nous trouvons. Comment en effet atteindre ce bien suprême, sans d'une part, qu'il soit possible de s’appuyer sur le raisonnement logique et d’autre part, sans pouvoir se fier à notre seule intuition ; car dans ce domaine, encore plus que dans celui de la logique, les résultats obtenus sont aléatoires et improbables. Qui ne regrette pas en effet d'avoir fait, au moins une fois dans sa vie, aveuglement confiance à sa seule intuition, et d'avoir du en supporter les conséquences funestes ? Je ne sais pas ce que le lecteur en pense, mais en ce qui me concerne, j’ai le sentiment, que toute démarche vers un but aussi difficile nécessiterait quant même, l'application de certaines règles. Cette impression ne reflète qu'une partie de ma pensée, et il serait inexact de prétendre que mon intention est de soumettre ma recherche à des préceptes inamovibles. Je perçois que le chemin à parcourir est rempli d'embûches, et que ces épreuves quoique non souhaitées, sont presque nécessaires, et qu'il faudrait même manifester une certaine gratitude face à ces difficultés imprévues. En fait, toute la difficulté est de pouvoir évaluer si les règles de conduite que l'on accepte comme les meilleurs moyen d'atteindre notre but, sont effectivement La raison de mon discours n'est pas de comparer nos méthodes respectives et d'émettre un jugement moral sur notre comportement réciproque, mais plutôt de susciter un échange sincère de sentiments et de solliciter éventuellement une réponse, un témoignage. En résumé, nous avons donc deux alternatives: soit nous jugeons que nous ne sommes pas maîtres de nos sentiments, et dans ce cas je n'arrive pas a imaginer comment nous pourrions atteindre un idéal nécessitant autant d'efforts que celui qui nous préoccupe, et à mon avis toute discussion devient alors superflue; soit nous considérons que nous sommes capable de comprendre nos sentiments, et alors bien que cette connaissance puisse devenir le moyen le plus fiable pour atteindre le but assigné, nous réalisons également que nous ne pouvons nous fier qu'à cette seule logique. Bien que par paresse ou par bêtise la plupart des gens préfèrent s'en tenir a la première hypothèse, (je ne suis pas maître de mes sentiments ni de mes émotions et encore moins des leurs conséquences), j'ai l’impression, en ce qui me concerne, que la seconde alternative, quoique perfectible, reste la plus fiable. En conclusion, nous devons atteindre un but difficile, car rare et précieux, nous ne possédons à priori pas les moyens de l’atteindre et finalement nous ne connaissons pas vraiment ce que nous désirons obtenir, car la nature de la chose désirée est fortement idéalisée; si bien que nous croyons bien faire en établissant des règles de conduite ; mais là encore, nous constatons que ces règles sont multiples et souvent contradictoires, bien qu'elle prétendent toutes nous conduire a la même destination. Tout cela est bien confus, me direz-vous. Ce qui a mon sens est la condition indispensable pour établir un échange réciproque sans lequel une relation idéale ne peut exister. Qu'en pensez-vous ? |

« Qu'il puisse exister une autre personne au monde avec laquelle s'établisse de soi-même, en toute franchise, un échange mutuel et pour laquelle rien ne restera caché ; dont le corps vous sera aussi cher, dans toutes ses parties, que le vôtre ; avec laquelle il n'y aura point le sentiment du Mien et du Tien dans la propriété
ou la possession; dans l'esprit de laquelle vos pensées couleront naturellement comme pour se connaître elles-mêmes et recevoir une illumination nouvelle; et entre laquelle et vous il y aura un rebondissement spontané de sympathie dans toutes les joies, les tristesses et les expériences de la vie ; c'est là peut-être l'un des désirs les plus chers de l'âme.» Edward Carpenter