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Eloge du silence Convertir en PDF
Freemind Communications   
Nous vivons dans l’ère de la communication. De nombreux outils de communication, créés dans le but de nous faciliter la vie, envahissent notre intimité. Nous disposons de moyens technologiques toujours plus sophistiqués, nous permettant de recevoir et de transmettre des informations depuis n’importe quel point du globe.

Il est difficile de traiter de manière effective, l’afflux constant de données auquel nous sommes soumis quotidiennement. Quand la communication humaine s’effectue à un rythme trop élevé, de manière mécanique et répétitive, elle ne parvient plus à développer une interactivité créatrice.
Trop de communication tue la communication.
Bien communiquer nécessite de se consacrer aussi bien à la réception qu’à l’envoi du message. Pour ce faire, nous devons écarter les interférences gênantes qui empêchent la concentration.

Meubler le silence
C’est compter sans la propension de l’être humain à vivre dans le bruit.
Dès le lever du jour, les nuisances sonores nous assaillent. Avant de quitter notre domicile, nous avons droit au réveil matin, à la radio, à différents appareils électroménagers. Sitôt dans la rue, nous goûtons au trafic automobile. Dans les lieux publics, nous subissons les sonneries et les conversations téléphoniques des autres usagers. Finalement au contact de nos congénères, nous supportons selon l'état de leur humeur, soit les papotages, les médisances, les jérémiades ou les récriminations et le plus souvent un mélange de toutes ces formes expressions.
Tous ces bruits produisent une dissonance continue à laquelle nous nous soumettons bon gré mal gré.
Contrairement à notre bouche et à nos yeux qui se ferment sans aide extérieure, nous avons besoin de nos indexes pour nous boucher les oreilles.
Ce geste peu naturel attire l’attention, car il exprime, mieux que n’importe quelle parole, notre refus d’écouter. Malheureusement, nos mains sont généralement occupées à autre chose, si bien que nous y recourrons rarement.
Oser le faire, serait par ailleurs, un signe de désobéissance civile, mal compris par nos concitoyens.

Pour la majorité des gens, le silence est plus insupportable que le bruit.
Faut-il en conclure que la plupart des individus interprètent le bruit avec une attitude animiste, en attribuant à tous les sons une âme et une raison analogue à celle de l’être humain ?
Selon cette logique le silence appartient au monde de la nuit. La peur du silence, la peur du noir et la peur de la mort se rejoignent ainsi dans l’inconscient collectif.
Nous ressemblons donc à ces enfants, qui seuls dans l’obscurité, fredonnent une chanson pour se rassurer.

Les variations du silence
Le silence est souvent interprété comme une absence de communication.
Incontestablement un état d’incommunicabilité incite au silence.
Tout silence n’est fort heureusement pas le reflet de cette incapacité.

Comment interpréter le silence ?
Les époux qui ne se parlent plus, n’ayant plus rien à se dire, ne vivent pas la même qualité de silence que ceux qui n’ont plus besoin de se parler pour se comprendre.

Le silence a parfois des expressions totalement opposées.
Quand le silence reflète le désordre mental, la haine, l’horreur, il est tourmenté, hostile, pétrifié.
Quand le silence est le fruit du recueillement, de la sérénité, de la passion, il est alors contemplatif, paisible, inspiré.

Le silence est aussi un spectacle affligeant.
Comme celui d’une famille triste et résignée, que tout enfant perçoit comme une réprobation de sa joie de vivre.

Dans certains cas le silence est une réaction instinctive.
Le mutisme, ce silence provocateur, se manifeste par un déni de la réalité, un refus de parler pour des causes affectives ou mentales. Faute de pouvoir fuir, la personne s’enferme dans un silence opiniâtre. Comme l'inculpé devant ses juges, ce mutisme condamne autant que des aveux.

Cette symphonie silencieuse, parfois tragique, comporte d’autres variations.
Le silence compatissant de la douleur et du deuil.
Le silence qui cherche la vérité par la concentration, l’observation, l’attention, la découverte, la vigilance, la perception de l’invisible.
Le silence de l’acceptation et du pardon quand les reproches et le ressentiment cessent.

Parole et silence
Placé dans le contexte de la communication verbale, le silence acquiert tout son sens en donnant de l’espace et du relief aux mots. De la même manière que la musique n’existerait pas, sans le silence entre les notes.
Mais quand les mots deviennent des banalités et des stéréotypes, ils n’expriment plus une conviction intime.
Comme il y a une parole muette parce qu’elle ne transmet rien, il y a aussi un silence capable de dire quelque chose. Au cœur de l’action, on ne parle pas. Il est tout aussi possible de construire en se taisant que de démolir en parlant. Comme nous le constatons avec regret, lorsqu’un mot de trop suffit parfois à briser la confiance.
Le silence crée alors un espace d’écoute, où les gens qui ont l’habitude de parler sans réfléchir, trouvent auprès d’interlocuteurs réceptifs, la motivation nécessaire pour s’interroger sur le sens de leurs paroles. Contrairement aux mots, le silence ne laisse jamais indifférent. Nous l’interprétons en fonction de l’attitude de celui qui l’exprime. Lorsque nous observons un visage accueillant et souriant, le silence agit alors comme un phare. Il illumine les recoins obscurs de notre conscience et nous encourage à ne plus mentir.
Chaque fois que nous prenons le temps de découvrir les émotions qui se cachent derrière les mots, nous construisons des ponts entre les hommes.
Il existe donc un silence qui parle. Ce silence débute en soi, il est le reflet de notre paix intérieure.

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